Colombie-USA: La « lutte contre la drogue » et les mensonges du Plan Colombie (Le Figaro)

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C’est en grande pompe que viennent d’être célébrés les quinze ans du plan Colombie. Grand bal à la Maison-Blanche, rencontre prolongée entre Juan Manuel Santos et Barack Obama, annonce de la prolongation du plan désormais qualifié de Plan Paix.

Le plan Colombie serait donc un grand succès couronné par la négociation des accords de paix avec la guérilla des Farc. En quinze ans, Washington a investi 10 milliards de dollars en Colombie, le plus important budget d’aide militaire après Israël.

Mais comment et pourquoi le gouvernement étatsunien a-t-il décidé un plan d’une telle envergure ? EN 1998, la Colombie est considérée comme un état en faillite. Le président Pastrana, élu en juin, est privé de visa aux Etats-Unis pour ses liens supposés avec les cartels de la drogue.

Le premier novembre 1998, 2000 guérilleros  des Farc prennent Mitu, la capitale du département de Vaupes. «Comme ministre de l’Intérieur, j’ai organisé une réunion d’urgence à la direction de la police nationale pour évaluer la situation. Le président Pastrana s’est joint à nous, raconte Nestor Humberto Martinez dans El Tiempo, qui a été également président de la Banco de la Republica et premier ministre de Juan Manuel Santos. Un silence retentissant a accueilli l’annonce qu’il était impossible de reprendre cette capitale à cause de la quasi absence de moyens aériens pour mobiliser des soldats et des policiers. »

Le pays ne disposait que de 4 hélicoptères Black Hawk et la guérilla avait rendu impraticable la piste d’atterrissage de l’aéroport. Plusieurs bases militaires vont être attaquées et prises par la guérilla cette même année et des dizaines de militaires pris en otage. L

e président Pastrana va demander à Washington un plan Marshall pour la Colombie. Le président Bill Clinton de son coté, alors que des élections se préparent, est accusé d’avoir perdu le combat contre la drogue. Il a besoin de prendre une initiative pour contrer les attaques du parti Républicains.

Commence alors être conçu le plan Colombie dont le but affiché est la lutte sans merci contre le trafic et la production de drogue en Colombie. Ce pays en tant que premier producteur de cocaïne est le premier pourvoyeur de drogue de villes étatsuniennes.

Le lobbying efficace de la Colombie auprès du Congrès permettra que le plan d’aide à la Colombie soit soutenu, pendant quinze par les Républicains et les Démocrates. L’objectif affiché était de tarir les sources de production de cocaïne grâce à la destruction des plans de cocas, et la poursuite sans merci des narcotrafiquants s’appuyant que une armée colombienne restructurée.

Le Plan Colombie va permettre une modernisation et une professionnalisation sans précédent des forces armées colombiennes. L’ambassade des Etats-Unis à Bogota va devenir le centre de toutes ces opérations. En 2003 et 2004, 4500 personnes y travaillent, soit la plus importante ambassade du monde à l’époque.  Près de 100 000 militaires colombiens vont être formés pendant ces quinze années.

Lors des célébrations de Washington il y a quelques jours, tout le monde s’est félicité de la «réussite» du plan Colombie, dont la première preuve serait le processus de paix avec les Farc qui pourrait aboutir le 23 mars prochain à la signature des accords de paix. «Les Farc ne seraient pas à La Havane s’il n’y avait pas eu le Plan Colombie» se réjouit Luis Alberto Moreno, qui a participé à la préparation du Plan Colombie et qui est aujourd’hui président de la Banque américaine de développement (BID).

Le but premier et officiel du plan Colombie était la lutte contre la drogue. Où en est la Colombie sur ce sujet? Le pays est toujours le premier producteur de cocaïne du monde. La production a même considérablement augmenté depuis le début des négociations de la Havane avec les Farc.

« La lutte contre la drogue du plan Colombie a seulement était un prétexte pour cacher son véritable objectif qui était la lutte contre la guérilla, explique Antonio Caballero, éditorialiste de l’hebdomadaire Semana. Le nouveau Plan Colombia, appelé Plan paix, n’a pour but que de maintenir le contrôle étatsunien sur les forces armées colombiennes et leur politique avec l’assentiment du gouvernement.»

Antonio Caballero n’a jamais cru à la volonté de lutter contre le trafic de drogue. «Je répète ce que je dis depuis 40 ans: la lutte contre la drogue ne convient qu’aux gouvernements de Washington et aux narcotrafiquants. A commencer par les narcotrafiquants nord-américains qui sont les plus puissants du monde mais qui n’apparaissent jamais sur la photo.»

(Photo Caroline Kaster/AP)

Source: Le Figaro

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