Cuba-Etats-Unis: Discours de Barack Obama à La Havane

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Auteur: Granma | internet@granma.cu

24 mars 2016 16:03:03

C’EST en faisant référence à un passage des Vers simples (1891) les plus connus de notre Héros national José Marti « Je cultive une rose blanche », que le président des États-Unis Barack Obama a débuté son discours devant une représentation de la société civile, réunie au Grand théâtre de La Havane Alicia Alonso, après avoir remercié le peuple et le gouvernement cubains pour son accueil chaleureux durant sa visite.

« C’est un honneur extraordinaire d’être ici aujourd’hui », a déclaré le président nord-américain et il a dédié quelques paroles aux actes terroristes intervenus dans la matinée du mardi 22 mars à Bruxelles. « Les pensées et les prières du peuple nord-américain sont avec eux et nous condamnons ces attaques contre des innocents. Nous devons travailler ensemble (…) Nous devons lutter contre le terrorisme », a-t-il ajouté.

Obama a déclaré qu’il était venu à Cuba pour apporter « le salut de la paix » dans un processus marqué par « des barrières d’histoire, d’idéologie, de douleur, de séparation », a-t-il souligné.

Dans son intervention, il a rappelé l’époque de la crise d’Octobre, l’attaque à Playa Giron et les décennies de conflit entre les États-Unis et Cuba. Il existe des différences entre nos peuples, mais nous devons reconnaître les points en commun, a-t-il dit et il a mentionné les liens historiques et culturels qui unissent les deux pays, par exemple, la colonisation européenne, la descendance africaine, l’héritage des esclaves et des esclavagistes, le goût pour la musique et le sport.

« Nous vivons ensemble dans un Monde Nouveau colonisé par des Européens. Cuba, de même que les États-Unis, fut constituée d’esclaves importés d’Afrique et comme les États-Unis, le peuple cubain a un héritage d’esclaves et d’esclavagistes. Tous deux, nous avons accueilli des immigrants qui venaient de terres lointaines pour commencer leurs vies ici dans les Amériques et à travers les années, nos cultures se sont unies », a déclaré Obama, signalant que le travail fait par le docteur Carlos J. Finlay ici à Cuba, qui a facilité le travail de générations de médecins, comme Walter Reed qui est venu à Cuba et qui a lutté ensuite contre la fièvre jaune.

« José Marti écrivit à New York, Ernest Hemingway écrivit ici et trouva l’inspiration dans les eaux de ces côtes », a rappelé le président étasunien en ajoutant : « nous partageons un sport national : le baseball. Aujourd’hui, nos joueurs vont se rencontrer sur le même terrain de La Havane où joua Jackie Robinson avant de faire partie de Grandes Ligues. On dit aussi que notre grand boxeur Muhammed Ali a dit à certaines occasions que jamais il ne pourrait lutter contre un Cubain, car cela ne pourrait se terminer que par un match nul contre le grand Cubain, Teofilo Stevenson (… ) Nos peuples ont les mêmes valeurs, le sentiment de patriotisme et de fierté, l’amour pour la famille, la passion pour leurs enfants et un engagement envers l’éducation », a-t-il ajouté, et il a souligné les différences dans la façon de conduire les gouvernements, les économies, la société.

« En dépit de ces différences, le 17 décembre 2014, le président Castro et moi-même avons annoncé que les États-Unis et Cuba débuteraient un processus de normalisation des relations entre les deux pays.

« Depuis lors, nous avons établi des relations diplomatiques, ouvert des ambassades, nous avons pris des initiatives en matière de santé, d’agriculture, d’éducation, de forces de l’ordre ; nous sommes parvenus à des accords pour rétablir des vols directs et de service postal, de plus importantes relations commerciales et aussi une plus grande facilité pour les Nord-américains de voyager ici, à Cuba.

« Ces changements ont été les bienvenus, même si certains s’opposent encore à ces politiques. Mais beaucoup de gens demandent encore : Pourquoi maintenant ? Et pourquoi maintenant ? La réponse est simple : ce que faisait les États-Unis ne fonctionnait pas. Nous devons avoir le courage de reconnaître la vérité : une politique d’isolement conçue pour la Guerre froide n’a plus de sens au 21e siècle, l’embargo blessait les Cubains au lieu de les aider. Et j’ai toujours pensé à ce qu’a dit Martin Luther King : « L’urgence féroce de l’heure. Nous ne devons pas avoir peur des changements, nous devons les accueillir », a-t-il dit.

« Je crois dans le peuple cubain ! Il ne s’agit pas seulement d’une politique de normalisation des relations avec le gouvernement cubain. Les États-Unis sont en train de rétablir des relations avec le peuple cubain », a déclaré Obama.

« Le Cubain invente à partir de rien », a ajouté le président, et il a souligné le « talent des travailleurs à leur compte, dans les coopératives, dans les « almendrones » (voitures anciennes) qui continuent de rouler » et il a reconnu ensuite le système d’éducation de la plus grande Île des Antilles, qui valorisent toutes les filles et les garçons, en mentionnant également que Cuba a commencé à s’ouvrir au monde et les travailleurs à leur compte peuvent réussir sans perdre leur cubanité. « Les Cubains peuvent innover et s’adapter, sans perdre leur identité », a-t-il indiqué.

« Nos politiques ont pour objectif d’aider Cuba, non de la blesser. C’est pourquoi nous avons supprimé les limitations des envois d’argent pour que les Cubains disposent de plus de ressources ; c’est pourquoi nous encourageons le voyage, ce qui va construire des ponts entre nos peuples. Il y aura ici plus de ressources pour ces petits entrepreneurs cubains. C’est pourquoi nous allons faire des échanges entre les deux pays afin de trouver des traitements contre les maladies, créer des emplois et ouvrir les possibilités à plus de Cubains.

« En tant que président des États-Unis, j’ai demandé au Congrès des États-Unis de lever l’embargo. C’est une charge obsolète contre le peuple cubain, c’est une charge pour les Nord-américains qui veulent travailler ici, investir à Cuba, venir à Cuba. C’est le moment de lever l’embargo », a déclaré Obama.

« Avant 1959, certains Étasuniens considéraient que Cuba était un pays à exploiter, ils ne s’inquiétaient pas de la pauvreté, ils permettaient la corruption. Depuis 1959, nous sommes engagés dans nos idées de géopolitique et de personnalité. Je connais l’Histoire mais je ne vais pas me laisser attraper par elle. J’ai été très clair, les États-Unis n’ont ni la capacité ni l’intention d’imposer des changements à Cuba, les changements dépendent du peuple cubain. Nous n’allons pas imposer notre système politique et économique, parce que nous savons que chaque pays, chaque peuple doit forger sa propre identité, avoir son propre modèle.

« Comme l’a dit Marti, la liberté, c’est le droit de tout homme à être honnête, à penser, à parler sans hypocrisie. Je vais dire ce en quoi je crois. Je ne peux pas vous obliger à être d’accord avec cela, mais vous devez savoir ce que je pense.

« Ce n’est un secret pour personne que nos gouvernements sont en désaccord sur de nombreuses questions, j’ai eu des conversations très franches avec le président Castro. Pendant de nombreuses années, il a mis en évidence les lacunes de notre système étasunien : l’inégalité économique, la peine de mort, la discrimination raciale, les guerres à l’étranger. Seulement à titre d’exemple, il a une liste assez longue, mais les Cubains doivent comprendre que j’apprécie ce débat, ce dialogue, parce qu’il est bénéfique, sain, je ne le crains pas.

Bien sûr, nous avons des problèmes avec la discrimination raciale, avec nos communautés, avec notre système de justice, l’héritage de l’esclavage, la ségrégation, mais le fait que nous ayons un débat ouvert au sein de notre démocratie constitue ce qui permet de nous améliorer », a ajouté Obama.

Le président a évoqué la dernière campagne électorale aux États-Unis, il a reconnu qu’il y a beaucoup d’argent dans la politique nord-américaine, et il a vanté la démocratie nord-américaine, bien que, a-t-il dit « elle ne soit pas parfaite ».

D’un autre côté, il a déclaré que « personne ne peut nier le service que des milliers de médecins cubains ont apporté aux pauvres, à ceux qui souffrent » et il a fait allusion à la coopération des médecins des deux pays dans la lutte contre l’Ébola. « Nous devons continuer cette coopération dans d’autres pays ».

« Nous avons joué des rôles différents dans le monde. Nous avons toujours été du côté opposé dans différents conflits dans l’hémisphère, mais aujourd’hui les Étasuniens et les Cubains sont assis à une table de négociations et nous aidons les Colombiens à résoudre la guerre civile qui les frappe depuis des années.

« Cette coopération est bonne pour tous. Tous dans cet hémisphère ont de l’espoir. Nous avons pris des chemins différents pour aider le peuple d’Afrique du Sud à éradiquer l’apartheid, mais le président Castro et moi, nous étions ensemble à Johannesburg pour rendre hommage à l’héritage de Nelson Mandela. Et en examinant sa vie, ses paroles, je suis sûr que nous avons tous deux compris qu’il nous reste beaucoup à faire pour promouvoir l’égalité dans nos propres pays.

« Nous avons appartenu à différents blocs de pays et nous allons continuer à avoir des différences sur la façon de promouvoir la paix, la sécurité, l’opportunité, les droits humains, mais en normalisant ces relations, je crois que cela va encourager un plus grand sentiment d’unité dans les Amériques : nous sommes tous Américains », a déclaré Barack Obama.

« L’Histoire des États-Unis à Cuba implique la révolution, le conflit, la lutte, le sacrifice et maintenant la réconciliation. C’est désormais le moment d’oublier le passé, abandonnons le passé, regardons l’avenir, regardons-le ensemble, un avenir d’espoir.

« Et cela ne sera pas facile ; il y aura des défis, et nous allons leur donner le temps, mais ma présence ici me donne plus d’espoir sur ce que nous pouvons faire ensemble en tant qu’amis, familles, voisins, ensemble. Oui, c’est possible », a conclu le président étasunien.

Source: http://fr.granma.cu/cuba/2016-03-24/barack-obama-lembargo-est-une-charge-obsolete-contre-le-peuple-cubain

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