Amérique Latine: Les lois d’amnistie de Pinochet à l’ONU

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Par Génesis Cedeño (Caracas, 31 mars AVN)

L’opposition vénézuélienne argumente que le but de ce qu’on appelle la Loi d’Amnistie et de Réconciliation Nationale est de garantir la « paix » et « l’union » du pays, la même raison utilisée par le président espagnol Adolfo Suárez quand il a approuvé en 1977 une loi avec les mêmes caractéristiques qui a pardonné tous les délits politiques survenus pendant la cruelle dictature de Francisco Franco en Espagne entre 1936 et 1977, une période pendant laquelle on a dénombré plus de 114.000 disparus et quelques 30.000 enfants enlevés, selon les chiffres d’associations des Droits de l’Homme.

Une autre loi d’amnistie fut utilisée par Augusto Pinochet en 1978 pour protéger les auteurs des abus commis au Chili pendant sa dictature (1973-1990). Celle-ci a impliqué l’assassinat et la disparition de plus de 3.000 personnes et l’arrestation arbitraire et la torture de plus de 38.000 citoyens, rappelle Telesur.

En ce sens, des instances internationales comme l’Organisation des Nations Unies (ONU) ont manifesté leur inquiétude et leur condamnation absolue de l’application de ces normes qui représentent un recul dans la recherche de la justice et de la vérité.

Pour l’ONU, les amnisties doivent être inadmissibles pour tout État qui s’appuie sur les principes du respect des Droits de l’Homme car elles portent directement atteinte à la mémoire de millions de personnes qui ont été victimes de tortures, d’assassinats, de disparitions et de mauvais traitements.

Selon cet organisme, ces projets de loi non seulement empêchent que les responsables soient jugés mais, sous prétexte d’être une mesure nécessaire pour garantir la paix dans les nations, finissent par encourager les bénéficiaires à commettre de nouveaux crimes car ils seront protégés et exonérés de sanctions pénales.

Dans le cas du Venezuela la majorité occasionnelle de droite au Parlement National a approuvé mardi dernier la loi d’indulgence par laquelle elle prétend faire sortir de prison les responsables de morts violentes, de conspirations et d’autres dégâts occasionnés à des fins politiques depuis 1999 sur lesquels il y a eu une enquête, qui ont été jugés et condamnés par le Pouvoir Judiciaire de la nation.

Parmi les fais punissables concernés par cette loi, il y a non seulement les guarimbas et les tentatives de coups d’État contre le président constitutionnel Nicolás Maduro mais aussi les crimes contre le secteur paysan, les délits perpétrés pendant le coup d’État du 11 avril 2002, la grève pétrolière de 2002, entre autres situations qui ont brisé la paix et la stabilité au Venezuela.

Selon les enquêtes réalisées par le Réseau National des Droits de l’Homme, on estime qu’avec cette approbation, environ 5 000 personnes pourraient être déchargées de leurs responsabilités dans différents délits parmi lesquelles Leopoldo López, l’artisan de la tentative manquée de coup d’Etat de 2014 qui a provoqué la mort de 43 personnes parmi lesquelles le jeune Elvis Durán, un motard qui est mort décapité en heurtant un câble barbelé placé sur une voie publique par un groupe de choc au service du parti de López.

La loi proposée par la droite est accompagnée d’une féroce campagne médiatique nationale et internationale destinée à criminaliser le gouvernement vénézuélien alors que l’opposition – responsable des crimes politiques – est présentée comme un efforce qui défend la démocratie et la justice.

Dans le monde, les lois d’amnistie ont été utilisées comme des instruments pour promouvoir l’impunité et l’injustice envers des crimes contre l’humanité, des génocides et d’autres violations graves des Droits de l’Homme.

En Uruguay aussi, a été approuvée une loi connue comme Loi de Caducité qui a eu pour but de protéger les militaires et les forces de police qui ont commis des crimes pendant le régime qui s’est installé, sous le commandement de Juan María Bordaberry, de 1973 à 1985, dates entre lesquelles des centaines d’Uruguayens ont été assassinés.

Alors qu’en 1979, le gouvernement militaire du Brésil a aussi utilisé l’indulgence pour rendre la liberté à ce qu’on appelle les « prisonniers politiques » et ouvrir la voie au retour de beaucoup d’exilés. De plus, cela a empêché les enquêtes et les jugements des militaires responsables des plus de 400 assassinats pendant la dictature qui a débuté avec le coup l’État contre le président João Goulart en 1964 et s’est achevée avec l’élection Tancredo Neves en 1985.

En Argentine, ont été proclamées les lois de Point Final et d’Obéissance Due en 1986 et 1987 respectivement par le président de l’époque Raúl Alfonsín. ces lois ont aussi exonéré de toute culpabilité les militaires qui ont réprimé et assassiné une grande partie du peuple argentin dans ce qui s’intitulait lui-même Processus de Réorganisation Nationale, qui ne fut rien de plus que la dictature militaire la plus sanglante et obscure de l’histoire de cette nation.

Sous ce régime, les tortures, les assassinats, les arrestations; les disparitions et l’exil ont fait partie du plan d’extermination exécuté parle gouvernement militaire dirigé par Jorge Rafael Videla, qui, bien qu’il ait été condamné à perpétuité, sous la protection de ces lois, est sorti de prison en 1990.

S’il n’existe pas de nombre exact de victimes, des organisations chargées de veiller au respect des Droits de l’Homme ont comptabilisé plus de 30.000 disparus et des milliers de morts parmi lesquels plus de 200 enfants.

Publié le 3 Avril 2016 par Bolivar Infos

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

source en espagnol:

http://www.avn.info.ve/contenido/leyes-amnist%C3%ADa-entre-pinochet-y-onu

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