Les États-Unis entendent se repositionner en Amérique latine (INTERVIEW)

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BUENOS AIRES, 2 avril (Xinhua) — Les récents déplacements du président américain Barack Obama à Cuba et en Argentine visent à réaffirmer l’influence quelque peu déclinante des États-Unis en Amérique latine et à consolider les camps conservateurs de la région, estime l’historien argentin Leandro Morgenfeld.

La tournée d’Obama, la première d’un président américain à Cuba en près de 90 ans et en Argentine depuis vingt ans, est liée aux « intérêts géostratégiques » de Washington, assure ce professeur d’histoire à l’Université de Buenos Aires et auteur du livre « Liaisons dangereuses – L’Argentine et les États-Unis ».

« La Maison Blanche entend se repositionner dans la région après une décennie d’hégémonie relativement souple », a-t-il confié dans un entretien accordé samedi à Xinhua. Pour lui, « elle essaie d’affaiblir les pays bolivariens et les initiatives indépendantes prises par l’axe argentino-brésilien ».

Les pays bolivariens, en référence au révolutionnaire vénézuélien Simon Bolivar, comprennent le Venezuela, Cuba, l’Équateur, la Bolivie et quelques petites nations d’Amérique centrale et des Caraïbes.

Washington « parie sur un réalignement du continent et entend saper toutes les initiatives de coopération politique telles que l’Unasur et le CELAC en repositionnant l’Organisation des États américains (OEA) », analyse M. Morgenfeld.

Des instances d’intégration régionale telles que l’Union des nations sud-américaines (Unasur) et la Communauté d’États latino-américains et caraïbes (CELAC) ont aidé à contrer la domination traditionnellement exercée depuis des années par les États-Unis sur la région, notamment via l’OEA, dit-il.

Au cours de ces quinze dernières années, alors que des partis de gauche ont commencé à arriver au pouvoir en Amérique latine, la politique égoïste de Washington a été davantage regardée à la loupe, une situation dont Obama ne veut plus. « Tous les pays de la région ont critiqué la politique américaine agressive envers Cuba lors du dernier sommet de l’OEA. Aussi, Obama s’est lancé dans une politique de détente envers La Havane afin de faire taire les critiques sur l’impérialisme U.S. », note Leandro Morgenfeld.

Concernant l’Argentine, Barack Obama « est venu soutenir le président Mauricio Macri », un conservateur qui a battu à la fin de l’an dernier le candidat du parti de gauche au pouvoir, ramenant la droite aux affaires pour la première fois en 12 ans.

La victoire de Macri a donné une impulsion à un regain conservateur en Amérique latine, selon l’historien. Ce dernier a déjà porté un rude coup aux successeurs d’Hugo Chavez au Venezuela, battus aux législatives en décembre dernier, empêché le président bolivien de briguer un quatrième mandat et pourrait donner un coup de pouce au mouvement en faveur de la destitution de la présidente brésilienne Dilma Rousseff, prédit M. Morgenfeld.

http://french.xinhuanet.com/2016-04/03/c_135247499.htm

 

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