Amérique Latine : L’Équateur décidera si on retourne dans l’arrière-cour des États-Unis

ecuador222-620x400

ALBA Mouvements, 24 janvier 2017

 

Toute l’Amérique Latine dépend de l’Équateur. Ce pays sera le premier du continent à avoir des élections présidentielles en 2017 : le 19 février prochain.

« Nous vivons une époque obscure mais nous avons oublié que beaucoup d’autres époques ont été obscures et que toutes les lumières ne se sont pas éteintes. » (John Berger, 1926-2017)

Pendant ces élections, seront en jeu non seulement la continuité du corréisme sous la forme de la Révolution Citoyenne qui a atteint ses 10 ans mais l’avenir du progressisme populaire dans les nations d’Amérique Latine qui a cédé, il y a quelques temps, son espace politico-économique au néolibéralisme inhumain en Argentine et au Brésil.

Le chemin que choisira le peuple de l’Équateur aura sans doute des répercussions sur l’avenir du Venezuela et de la Bolivie où l’opposition de droite a diabolisé l’État progressiste comme ils l’ont fait, d’abord en Argentine et ensuite au Brésil en essayant de répéter la même stratégie actuellement de toutes leurs forces en Équateur. Dans son récent discours devant plus de 90.000 personnes à Guayaquil lors du 10° anniversaire du gouvernement d’ Alianza País, Rafael Correa s’est montré nostalgique et fatigué mais en même temps optimiste.

Il a parlé de la « décennie gagnée », quand le pays est passé « des impossibilités à être un pays avec de grandes réussites dans tous les secteurs. » « Nous avons sauté des dernières places aux premières (dans le développement social, les infrastructures, la sécurité, la qualité de l’État, l’environnement, le système de justice, la sécurité sociale, l’égalité de genres… » a-t-il dit. Correa a souligné que la plus grande réussite de la Révolution était « d’avoir retrouvé la fierté et l’espoir. »

Précisément, l’opposition équatorienne se refuse à reconnaître ces réussites de la Révolution Citoyenne, considérant que les 10 ans du Gouvernement de Correa sont devenus « une décennie décadente » ou « une décennie perdue. » Pour les riches et les puissants de l’Équateur, il n’y a pas de croissance du pays alors qu’elle est considérée par le Fonds Monétaire International (FMI), la Banque Mondiale (BM) et l’Organisation des Nations Unies (ONU) comme l’une des plus fortes d’Amérique Latine. Même l’élite nationale reconnaît que plus de 2 millions d’Équatoriens ont été sortis de la pauvreté.

Le seul but de l’opposition, patronnée par la droite internationale et en particulier par le Département d’État nord-américain, est de mettre fin au corréisme et de détruire la plupart des réussites, des initiatives et des projets de la Révolution Citoyenne en marche. Les média mondialisés, aussi bien étrangers qu’équatoriens, ont déchaîné une guerre contre Rafael Correa et son Gouvernement, ce qui constitue une partie de la controffensive réactionnaire mondiale dirigée de Washington pour faire revenir l’Équateur dans « l’arrière-cour » des États-Unis. Ils y ont réussi avec l’Argentine et le Brésil sous prétexte de « rétablir la paix, la sécurité et la liberté » dans l’Hémisphère Américain et maintenant, ils essaient de mettre l’Équateur à genoux.

L’oligarchie équatorienne rêve des années 90 pendant lesquelles elle avait réussi à manipuler, dilapider et dévaliser plus de 90.000 millions de dollars pendant le processus de dollarisation. A cette époque-là, ils se sont enrichis avec la liquidation de l’épargne de plus d’1 million de comptes d’épargne, des fonds de réserve, des salaires et des pensions. Cependant, ils évitent de parler de cette période néfaste de l’histoire de l’Équateur. Dans son récent discours à Guayaquil, Rafael Correa a dénoncé les frères William et Roberto Isaías comme les pires « pilleurs du pays des temps modernes, défendus par d’importants secteurs politiques et aussi par des secteurs de l’économie, des médias et même des secteurs religieux. »

La guerre des médias contre Rafael Correa s’est intensifiée en particulier pendant les moments difficiles qui ont commencé avec la baisse du pris du pétrole, la chute des importations à presque 40%, « l’injection » de 1.600 millions de dollars qu’ils ont dû faire à Petroamazonas et à Petroecuador pour éviter leur effondrement, la dépréciation de la monnaie dans les pays voisins, le tremblement de terre de 7,8 degrés du 16 avril 2016, les centaines de pertes humaines et les dégâts matériels équivalents à plus de 3 points du Produit Intérieur Brut (PIB).

Mais ce dont l’opposition a le plus profité, c’est des affaires de corruption liées à Petroecuador et à l’entreprise de construction brésilienne Odebrecht.

L’affaire de l’entreprise brésilienne qui met dans l’embarras pratiquement la plupart des pays latino-américains, a été dénoncée par le Gouvernement équatorien et la transnationale brésilienne a été expulsée du pays en 2008. Cependant, l’entreprise de construction est revenue en Equateur en 2015 avec de nouveaux contrats pour faire partie des entreprises bénéficiaires des « mega-constructions ». Selon la publication équatorienne Sociedad Historias, l’entreprise Odebrecht aurait payé 33,5 millions de dollars de pots-de-vin en Équateur, compris dans les quelques 800 millions de dollars de pots-de-vin payés en Amérique Latine et en Angola.

En ce qui concerne l’affaire Petroecuador, le président Correa a avoué que les épisodes de corruption ont « scandalisé » le Gouvernement mais, en même temps, il a assuré que « le pays peut être sûr que jamais ils ne toléreront ces abus ; Ici, il n’y aura ni impunité ni pardon ni oubli : on ne peut pas jouer avec les ressources du peuple. »

Évidemment, l’opposition a profité de ces affaires de corruption pour déclencher une campagne bien orchestrée pour diaboliser le Gouvernement d’ Alianza País à la veille des élections en essayant de convaincre la population qu’il fallait remplacer le modèle politique et économique du Gouvernement actuel parce qu’il est épuisé. La situation a commencé à devenir très compliquée après la rupture entre le Gouvernement et ses anciens alliés marxistes, certains mouvements sociaux et indigènes conseillés par de nombreuses Organisations Non Gouvernementales (ONG). Les médias mondialisés ont aussi réussi à convaincre certains secteurs de la classe moyenne et même une partie des pauvres que le Gouvernement les avait déçus dans leurs attentes économiques et politiques.

Déjà en juin 2016, on a enregistré, selon un sondage Cedatos-Gallup l’indice de soutien le plus faible du mandat de Rafael Correa (46,6%), alors que la désapprobation atteignait 45%.

Dans son dernier discours à Guayaquil, le président Correa a déclaré que « l’oligarchie a plus de conscience de classe que les pauvres et la classe moyenne. Et avec leurs médias, ils peuvent faire penser les grandes majorités, même contre leurs propres intérêts. » Rafael Correa appelle ce phénomène « le syndrome de Doña Florinda » : quand certains groupes qui sont sortis de la pauvreté ne s’identifient déjà plus aux pauvres mais aux gens biens. » Précisément, les 7 candidats aux élections présidentielles utilisent ces secteurs de la classe moyenne et des pauvres pour faire revenir le pays à son passé néolibéral.

Alors que le candidat de l’Alianza País, Lenín Moreno, utilise le slogan « L’avenir ne s’arrête pas » centré sur les réussites de la « décennie gagnée », 7 autres candidats utilisent les slogans : « Nous changeons », « Nous allons vers le changement » ou « changement positif. » Le « changement », pour eux, est toujours en relation avec le retour au marché libre, à la réduction des dépenses publiques et de l’État, la suppression d’impôts, la privatisation des entreprises publiques et surtout l’abrogation de la Loi sur les Communications qui a été approuvée pour en finir avec les monopoles des médias. Certains, comme le candidat Iván Espinel du FCS proposent d’éliminer les examens d’entrée dans les universités ou d’approuver la peine de mort.

Selon le dernier sondage Cedatos/Win/Gallup sur les intentions de vote, Lenín Moreno est à la première place avec 36,2%. Guillermo Lasso, le candidat de CREO, le suit avec 22% et Cynthia Viteri, du Parti Social Chrétien est à la troisième place avec 14,2% d’intentions de vote. Cedatos soutient dans son rapport du 16 décembre dernier que « si les tendances actuelles se maintenaient, Moreno et Lasso iraient au second tour. » Guillermo Lasso, qui est affilié à l’Opus Dei, admirateur de José María Aznar, ennemi de l’ALBA et ami d’Álvaro Uribe, est en réalité un Mauricio Macri équatorien.

Alors, plus de 12 millions d’Équatoriens qui ont le droit de vote devront décider le 19 février prochain su « le changement d’époque » continue son cours dans le pays et au passage donne une nouvelle impulsion au progressisme en Amérique Latine ou en Équateur ou si, au contraire, le pays revient dans « l’arrière-cour » des États-Unis où il était auparavant.

Publié le 25 Janvier 2017 par Bolivar Infos

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

Publicités