Mexique-Etats-Unis : Un fonctionnaire de la DEA jugé pour avoir vendu des informations aux trafiquants de drogues

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Un ex correspondant mexicain de haut niveau de l’agence anti-drogues états-unienne (DEA) est jugé aux Etats-Unis pour avoir donné des informations au cartel des drogues des frères Beltrán Leyva pendant au moins 6 ans en échange de millions de dollars.

Iván Reyes Arzate, qui a été remis aux autorités états-uniennes à Chicago, était le commandant d’une unité de renseignement spéciale qui partageait des informations aussi bien avec la DEA qu’avec le Département de la Justice des Etats-Unis, selon l’acte d’accusation révélé mercredi par une cour du district de l’Illinois.

Quelques heures avant que cette cour informe du processus contre Reyes Arzate, le commissaire de la Police Fédérale du Mexique, Manelich Castilla, avait donné des informations sur cette affaire mais sans préciser le nom de l’intéressé ni sa charge.

Castilla avait seulement dit que « l’ex policier » avait été destitué en novembre et qu’on l’avait remis récemment aux autorités états-uniennes à Chicago.

L’accusation états-unienne va, cependant, bien au-delà. Elle précise que Reyes Arzate, 45 ans, a dirigé pendant plusieurs années une unité d’investigations spéciales de la Police Fédérale et qu’en tant que chef de celle-ci, il était « le principal correspondant d’information » avec les autorités états-uniennes.

Selon un ex policier fédéral qui a demandé à rester anonyme parce qu’il ne fait plus partie de ce corps, Reyes Arzate était au troisième niveau de responsabilité de cet organisme.

Cependant, il a aussi travaillé pour le cartel des Beltrán Leyva au moins à partir de 2009 puisque l’accusation assure qu’il a eu des rencontres directes avec son dirigeant, Arturo Beltrán, et que celui-ci a été abattu par les forces fédérales mexicaines en décembre de cette année-là.

Les unités spéciales, appelées SIU (Sensitive Investigative Unit) sont nées dans les années 90 pour avoir des groupes de confiance avec lesquels les Etats-Unis pourraient échanger les informations les plus délicates.

Pour cette raison, ses commandants étaient entraînés et les Etats-uniens enquêtait sur eux préalablement et se chargeaient des contrôles de confiance et des examens du détecteur de mensonge. Cependant, selon l’accusation, « certains commandants seniors » de ces unités en ont été exemptés.

Le résultat, au moins dans ce cas, a été l’infiltration.

Reyes Arzate était un fonctionnaire qui avait accès à des informations confidentielles et délicates concernant la lutte contre le crime organisé qui supervisait des opérations qui ont amené de nombreuses arrestations « même celle de nombreux membres du Cartel de Sinaloa accusés dans ce district, » dit l’accusation sans préciser.

Cependant, en même temps, il donnait des informations aux Beltrán Leyva en échange de paiements réguliers qui ont atteint des millions de dollars pour « faire obstruction influencer et empêcher » toute investigation les concernant.

« Ils savent qu’ils sont là et ils veulent voir avec qui ils vont. Ne parle pas, » disait l’ex policier aux chefs à qui il fournissait même des photos des enquêteurs en action et il leur demandait de se défaire des téléphones interceptés.

« Libère-toi de tout (…) Hier est arrivé un enregistrement audio et ils ont dit qu’ils étaient au second niveau (…) Ne sors en public avec personne les jours prochains, » étaient le genre de données et de conseils qu’il donnait, selon les transcriptions de ses conversations incluses dans l’acte d’accusation et qui ont commencé à être recherchées au mois de septembre dernier.

Reyes Arzate a reconnu avoir rencontré un chef mais a nié lui avoir donné des informations.

Au-delà des écoutes du fonctionnaire, l’accusation apporte le témoignage d’une source anonyme qui explique comment l’ex policier avait des réunions « mensuelles » avec Arturo Beltrán Leyva auxquelles participaient également « des fonctionnaires de haut niveau du Gouvernement mexicain et des agents de la sécurité » et au cours desquelles tous recevaient « des millions de dollars » pour garantir leur loyauté et qu’ils protègeraient les intérêts du cartel.

Concrètement, on mentionne un rendez-vous de 2009 au cours duquel Beltrán informe les fonctionnaires de son inquiétude parce qu’il croyait que son organisation était infiltrée par un Colombien qui travaillait comme informateur de la DEA et qu’il avait facilité la c saisie de chargements de tonnes de cocaïne.

Selon cette même source, Reyes Arzate a révélé au chef l’identité de cette personne. C’est pourquoi Arturo Beltrán, devant l’ex policier, a ordonné d’enlever, de torturer et de tuer l’informateur. Ensuite, il a payé aux 3 fonctionnaires présents 3 millions de dollars.

Selon ce qu’a expliqué Mike Vigil, ex chef des opérations internationales de la DEA, à The Associated Press, un des problèmes des unités spéciales comme celle que dirigeait Reyes Arzate était précisément que ses commandants refusaient de passer les contrôles de confiance bien que les agents de plus bas niveau y soient soumis. Avec cela, les informations « pouvaient facilement être mises en danger. »

Vigil pense que beaucoup de ces commandants « sont corrompus » ou « ont de sérieux problèmes d’intégrité » et que c’est pour cela qu’ils ne veulent pas être soumis aux contrôles qui, s’ils étaient faits à tous, amèneraient à avoir un programme plus efficace.

Cette affaire a suscité beaucoup d’interrogations sur la façon dont une infiltration de cette sorte a pu persister pendant tant de temps et ne pas être détectée mais ce n’est pas le seul scandale de corruption de haut niveau qui a été découvert récemment parmi les autorités mexicaines.

Il y a une semaine, le procureur général de l’état de Nayarit, Edgar Veytia, un fonctionnaire d’Etat qui a accès aux principales plateformes d’information mexicaines a été arrêté aux Etats-Unis pour conspiration pour trafiquer sur la cocaïne, l’héroïne et les amphétamines depuis janvier 2013 jusqu’au mois de février dernier.

« Là, il y a un modèle, » a dit à AP l’analyste de la sécurité Alejandro Hope. « Dans les 2 cas, les captures ont été faites sans la participation des autorités mexicaines, c’est ce qui attire un peu mon attention. »

Aussi bien le procès de Reyes Arzate que celui de Veytia pourrait contribuer à augmenter les tensions qui existent entre le Mexique et les Etats-Unis pour d’autres raisons.

Ceux qui ont essayé de renforcer la collaboration entre les 2 pays dans la lutte contre le crime organisé se lamentent. « Cela porte atteinte aux relations de travail qu’il nous a tant coûté de construire, » a signalé Vigil.

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