Amérique Latine : Chronique d’une autre réunion ratée de l’OEA

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La décision du Venezuela et le Département d’Etat des Etats-Unis

Devant la décision du Gouvernement vénézuélien de se retirer de l’Organisation des Etats Américains (OEA) pour sa perpétuelle interférence dans les affaires intérieures du pays et de convoquer une Assemblée Nationale Constituante (ANC), le Département d’Etat des Etats-Unis, selon son secrétaire Rex Tillerson et d’autres représentants de la bureaucratie intermédiaire, cherche à renforcer sa pression contre le Venezuela en utilisant cet organisme régional.

Cette stratégie qui a Luis Almagro comme principal agent politique est constituée par 3 manœuvres principales : 1) Obtenir l’application de la Charte Démocratique Inter-américaine. 2) Construire un consensus pour engager un processus de mise sous tutelle. 3) Dynamiter les alliances internationales du pays qui empêchent actuellement un isolement beaucoup plus profond, en particulier Petrocaribe.

Chronique d’une réunion ratée

La dernière réunion du Conseil Permanent de l’OEA, mercredi 10 mai, pour fixer la date d’une réunion des chanceliers concernant le Venezuela était centrée sur une résolution présentée par le Canada et soutenue par les Gouvernements alliés de Washington. Celle-ci envisageait que la réunion devait avoir lieu le 22 mai sans ordre du jour qui précise les points qui devaient être abordés.

Cette proposition de date fut rapidement rejetée par plusieurs pays des Caraïbes. Les délégations d’Antigua et Barbuda, du Suriname, de la Grenade, entre autres, ont relevé le manque de sérieux de cette résolution, la façon louche dont elle a été présentée et le peu de clarté des objectifs de la réunion des chanceliers.

Même l’ambassadeur du Mexique à l’OEA, Luis del Alba, partisan de la résolution du Canada, a affirmé presque à la fin du débat que l’organisme « était loin » d’atteindre un consensus non seulement sur la date de la réunion mais aussi sur la façon de l’aborder.

Les délégations des pays regroupés dans Petrocaribe ont envisagé la création d’un « groupe de travail » qui préparerait la réunion dans un cadre d’inclusion et de dialogue, délimiterait ses objectifs réels et chercherait à rapprocher les positions.

L’ambassadrice du Suriname a dit qu’il fallait attendre la prochaine réunion de la CELAC le 20 mai 2017 pour élargir le consensus avant de fixer la date de la réunion des chanceliers de l’OEA.

L’ambassadeur du Nicaragua a demandé plusieurs fois qu’on soumette au vote la résolution du Canada, une proposition qui a été rejetée par le Mexique, l’Argentine, le Canada et les Etats-Unis en moins de deux. Le refus de voter exprimait à la fois les soutiens insuffisants pour approuver une réunion improvisée et sans ordre du jour d’un seul coup.

La proposition de l’ambassadeur de l’Equateur de donner 5 jours aux délégations pour consulter leur Gouvernement à propos de la réunion des chanceliers a été approuvée par consensus.

La résolution du Canada a été retirée de la table et maintenant, à l’OEA, le débat reprendra non seulement sur la date mais aussi sur les objectifs et la voie choisie et sur la façon dont elle sera préparée, un facteur qui pourrait mettre encore plus en évidence les tentatives d’ingérence du Département d’Etat des Etats-Unis et de ses alliés à l’OEA.

Des diplomates résistant à toute option de dialogue et de médiation pacifique mis en place au-delà de cet organisme qui soit centré sur le respect de l’autorité de l’Etat vénézuélien en tant qu’interlocuteur politique du conflit de notre pays.

Questions à analyser :

Bien que la session du Conseil Permanent de l’OEA ait tourné autour de la résolution du Canada, le fond de la chose est éminemment politique au-delà de ses aspects bureaucratiques. Le Département d’Etat des Etats-Unis n’a pas réussi à donner une cohésion à l’organisme régional autour d’une position agressive, coercitive et du refus du dialogue concernant le Venezuela.

Des objectifs comme l’application de la Charte Démocratique Inter-américaine, engager un processus de mise sous tutelle ou condamner Assemblée Nationale Constituante perdent leur capacité à être consacrés de façon uniforme par cet organisme.

Après un mois d’ordre du jour de coup d’Etat contre le Venezuela, les Etats-Unis n’ont pas la force nécessaire pour, au moins, imposer la date d’une réunion, ce qui met en évidence les attentes fabriquées concernant l’isolement du Venezuela par une partie de ses principaux intrigants internes (Luis Florido et Julio Borges).

Le ton sur lequel s’est déroulé la réunion est un facteur important puisqu’il met en évidence des positions rencontrées à l’intérieur de l’OEA sur la façon d’évoquer la situation du Venezuela. Les Etats-Unis n’ont pas réussi à briser les Caraïbes en tant que bloc allié du Venezuela par le chantage et les multiples extorsions économiques.

Le départ du Venezuela de l’OEA rend sans effet légal n’importe quelle déclaration ou résolution de cet organisme. Enfin, des déclarations émises à court terme ou des exigences fixées contre les institutions vénézuéliennes par une éventuelle réunion des chanceliers ne seraient pas contraignantes, ce qui relèguerait l’OEA à des positions non officielles de caractère éminemment politique. Les pays membres de l’OEA devraient être beaucoup plus prudents dans leurs déclarations concernant la situation au Venezuela pour en pas tomber dans des positions qui affectent négativement la crédibilité de l’organisme.

La proposition de « groupe de travail » et le rapprochement de consensus avec la CELAC faite par les pays membres de Petrocaribe donne de la force à la proposition du président Nicolás Maduro d’incorporer 5 pays de la CELAC dans le dialogue politique au Venezuela. Un élément d’une importance capitale puisque Département d’Etat des Etats-Unis cherche à donner l’exclusivité du traitement de la question vénézuélienne à l’OEA, une plateforme plus facilement contrôlable.

Face au désastre interne de l’OEA provoqué par Luis Almagro et son incapacité à obtenir un consensus sur une position unique au sujet du Venezuela, la CELAC peut prendre l’initiative régionale d’inclure de nouveaux acteurs dans la médiation sans ingérence du conflit interne, amenant l’OEA à jouer un rôle d’accompagnement ou à un isolement de la proposition d’entraver l’Assemblée Nationale Constituante et toute issue politique pour faire baisser l’intensité du conflit, contraire aux intérêts stratégiques des Etats-Unis.

La violence intérieure dépend dans une grande mesure des pressions internationales des acteurs d’Etat alliés du Département d’Etat des Etats-Unis et de Luis Almagro. Enfin, l’impossibilité d’installer un point de non retour au sujet du Venezuela dans l’organisme peut se transformer en une position beaucoup plus hostile des Etats-Unis poursuivant l’augmentation des mesures coercitives unilatérales contre le pays pour exercer plus de pression sur les pays non alliés à l’OEA. Ainsi, ils chercheraient à se rapprocher de leurs objectifs de siège politique, financier et diplomatique de portée régionale beaucoup plus agressif contre le Venezuela.

Publié le 14 Mai 2017 par Bolivar Infos

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

Source en espagnol :

http://misionverdad.com/COLUMNISTAS/cronica-de-otra-reunion-fallida-en-la-oea-un-informe-politico

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/ 2017/05/amerique-latine-chronique-d-une-autre-reunion-ratee-de-l-oea.html

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